Interview de Nicolas Rey

 

Noé On The Road (NOTR)
– Bonjour Nicolas Rey, à l’occasion de la sortie de votre livre « Amour, les plus belles histoires », aux Editions de La Martinière, vous avez accepté de répondre à quelques questions sur l’Amour avec un grand A. Dans ce livre consacré à l’Amour, vous avez décidé de mettre à l’honneur 69 couples mythiques, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Pourquoi avoir choisi le nombre le plus érotique qui soit ? »
-Nicolas Rey (NR) Georges Bataille disait : « Les seules choses valables en ce monde sont le sexe et la mort ». La porte d’entrée de la vie et la porte de sortie…C’est parce que nos parents ont fait l’amour qu’on est venus sur terre.
NOTR -D’après vous, une histoire d’amour commence généralement par un numéro de téléphone ou un numéro d’acrobatie ?
NR (rires) -Par un regard, je dirais…
NOTR-Vous mentionnez l’histoire de vos parents en tête d’ouvrage ? Est-ce pour vous le couple mythique par excellence ?
NR-Mythique non, mais je le trouve un peu original. Ma maman était la professeure de philosophie de mon père. Il lui a fait la cour pendant longtemps. Dès le premier jour de classe, il a été la voir pour savoir si elle voulait aller dîner avec lui au restaurant. Elle a répondu qu’elle s’occupait d’adolescents toute la journée et que le soir, elle évitait de faire garderie. J’ai voulu faire un petit clin d’œil à l’histoire qui m’a donné naissance ainsi qu’à ma petite sœur.
NOTR- Le livre met une citation en exergue : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Pourquoi avoir choisi d’évoquer le lien si fort qui unissait Montaigne et La Boétie ? Amour et amitié sont-ils toujours intimement liés ?
NR-Non, mais au bout de quelques années, lorsque l’on est en couple, il faut vraiment être amis avec l’autre. On a des passions partagées, on est heureux de la présence de l’Autre, on est compagnons…Mais tout cela ne suffit pas, s’il n’y a pas de sexe…
NOTR-Justement vous évoquez Marie et Pierre Curie ou encore France Gall et Michel Berger. Pour qu’un couple fonctionne, pensez-vous qu’il faille partager une passion commune ?
NR- Pour Marie et Pierre Curie, il y a la Science, la Musique pour Michel Berger et France Gall, ou encore la Littérature avec Anaïs Nin et Henri Miller. Il faut surtout qu’il y ait du sexe pour qu’un couple fonctionne. Quand on a en plus, une passion commune, c’est formidable, c’est magique !
NOTR-Si on évoque Camille Claudel et Auguste Rodin, faut-il en conclure que derrière chaque grand homme se cache une grande femme ou bien que tous les hommes qui ont réussi le doivent à une muse plus talentueuse qu’eux ?
NR-Plus talentueuse, je ne sais pas. Mais ce qui est certain, c’est que si les femmes n’existaient pas, il n’y aurait pas d’amour et donc pas de chagrin d’amour. Il n’y aurait pas de tableaux, il n’y aurait pas de livres dans les bibliothèques…Cioran disait qu’un chagrin d’amour fait d’un apprenti- coiffeur un émule de Socrate. Il faut des chagrins d’amour pour que l’homme arrive à se transcender et à créer.
NOTR-Dans le cas de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, être en couple permettait-il d’assumer plus facilement ses aspirations féministes ou professionnelles ?
NR-Leur cas est un peu particulier. Ils avaient une sorte de « deal ». Simone se chargeait de ramener des femmes pour Jean-Paul, sachant qu’il n’était pas la beauté du siècle. Dans ce genre de couple, je préfère le couple d’Alain et Catherine Robbe-Grillet. Alain disait à Catherine : « Toutes les fois qu’il m’arrive quelque chose de bon, dans le domaine littéraire par exemple, je m’en réjouis vraiment, qu’en ne pensant que je vais te l’annoncer et que cela te fera plaisir ».
NOTR-Si on prend le cas de George Sand et d’Alfred de Musset, utiliser un pseudonyme masculin aide-t-il vraiment à se sentir légitime en tant qu’auteur ?
NR-A l’époque certainement.
NOTR-Vous évoquez également des couples plus subversifs comme Paul Verlaine et Arthur Rimbaud ou bien Amy Whinehouse et Pete Doherty. Lorsque l’amour rime avec « sex, drug & rock’n’roll », cela finit-il forcément en tragédie grecque avec meurtre ou suicide à la clé ?
NR -Pierre Desproges disait « J’aime les histoires d’amour qui se terminent mal car ce sont celles qui ressemblent le plus à la vie ». Une histoire d’amour, c’est forcément un début, un milieu et une fin. Evidemment, il y a des histoires d’amour qui sont magnifiques, qui peuvent durer 50 ans, mais elles sont très rares.
NOTR- L’amour et la mort sont indissociables. Pourquoi n’avoir pas évoqué Roméo et Juliette ou encore Tristan et Iseut ?
NR-Je me suis concentré sur les couples ayant réellement existé quand j’ai commencé à écrire ce livre.
NOTR-Ils font partie de notre patrimoine littéraire commun comme s’ils étaient réels…
NR- C’est vrai d’une certaine manière.
NOTR-Vous décrivez également des couples illégitimes mais connus de tous comme Marylin Monroe et John Fitzgerald Kennedy ou bien Anne Pingeot et François Mitterrand. Pourquoi ne pas avoir évoqué ces deux présidents en lien avec leurs épouses « officielles », Jackie et Danielle ?
NR-Il y aurait certainement des choses à dire sur l’histoire d’amour de François et Danielle Mitterrand. Mais, Mitterrand a écrit plus de 1000 lettres d’amour à Anne Pingeot. S’il y a un couple que je retiens en particulier, c’est peut-être celui-là. Illégitime oui, mais c’est un amour magnifique ! Anne a eu le coup de foudre pour François Mitterrand à 14 ans. Il était ministre, sénateur, père de deux enfants… Il a eu le coup de foudre pour elle alors qu’elle avait 19 ans. C’était une passion folle !
NOTR-Vous faites également allusion aux couples mythiques du 7ème art comme Lauren Bacall ou Humprey Bogart ou encore Michèle Morgan et Jean Gabin. A l’ère de la drague 2.0, sur tablettes ou smartphones, le couple moderne est-il en voyage pour le « Port de l’angoisse » ou se résume-t-il à un sms du style « T’as d’beaux yeux, tu sais » sur le quai brumeux d’une station de métro ?
NR- J’ai dévoilé un secret, dans mon livre, pour « T’as d’beaux yeux, tu sais ! », la fameuse réplique de Gabin à Michèle Morgan. Lui, c’était le mauvais garçon, la star du moment. Les femmes étaient folles de lui. Morgan était une débutante. Alors qu’elle était en train de se faire maquiller, Gabin passe et lui met un coup de pression en disant « Je suis sûr que la môme, elle ne sait même pas embrasser ». Arrive la scène et le moment du baiser ; il règne un silence de cathédrale. Marcel Carné dit « moteur ». Gabin dit « T’as d’beaux yeux tu sais ! » et là, au lieu du baiser de cinéma attendu, Morgan lui roule une énorme pelle d’une vingtaine de secondes.
NOTR- Comme quoi, il faut être audacieuse et tenter sa chance…
NR-Sans doute. Pour en revenir à votre question, je ne m’y connais pas trop en sms, sites de rencontres…C’est sans doute une question de génération, et puis ce n’est pas vraiment mon truc. Je dirais alors que le couple d’aujourd’hui part plutôt pour le « Port de l’Angoisse »…
NOTR-Vous associez François Truffaut à Catherine Deneuve mais également à Fanny Ardant. Pourquoi est-il le seul dans votre livre à être mentionné à deux reprises ? Il y en a pourtant d’autres des « hommes qui aiment les femmes ».
NR-(rires) C’est vrai. Truffaut était un homme à part. Pour Truffaut, le cinéma était uniquement un moyen pour sublimer les femmes.
NOTR-Un plateau de cinéma, c’est un bon endroit pour draguer alors ?
NR- C’était bien plus que ça. Pour lui, le plateau, c’était la continuité de la vie. A la vie et à l’écran, Truffaut mettait en scène sa muse. Sa femme, c’était également son actrice fétiche. Il a beaucoup souffert de sa rupture avec Deneuve. C’était un amoureux des femmes comme personne ne l’a jamais été !
NOTR- Serge Gainsbourg, un amoureux des femmes également ?
NR-Bien sûr. Il a quand même fait un truc de dingue. Il a quitté Brigitte Bardot, le sex-symbol de l’époque pour Jane Birkin, quasi inconnue. La nuit de la naissance de leur fille Charlotte, alors qu’il pleuvait et que Gainsbourg rentrait à l’appartement de Jane, il a dit ces quelques mots que je trouve magnifiques : « Après la naissance de la petite, j’ai traversé tout Londres, il n’y avait plus de bus, plus de taxi. Il a commencé à pleuvoir. Cette nuit-là, j’ai touché le bonheur du doigt. Cette nuit-là, grâce à Jane, je me suis dit que j’étais né sous une belle étoile jaune. »
NOTR-Effectivement il n’y a rien à ajouter…
NOTR-Dans vos livres, vous parlez beaucoup d’amour. Malgré une « mémoire courte » vous « déclarez » souvent » l’amour ». Nicolas, vous vous sentez plutôt « heureux au jeu et malheureux en amour » ou avide de nouvelles aventures au gré du « jeu de l’amour et du hasard » ?
NR-Je dirai « malheureux au jeu et malheureux en amour ».
NOTR-Je ne m’attendais pas du tout à cette réponse et j’en suis fort désolée…Si l’amour est un jeu, peut-être, êtes-vous trop sérieux ? Vous pensez qu’il faudrait vous fournir un mode d’emploi pour la vie amoureuse ?
NR-Je ne crois pas qu’il en existe. J’ai cherché pourtant. J’ai peut-être tendance à prendre l’amour trop au sérieux. J’aimerais être plus léger…
NOTR-Nicolas, nous nous sommes déjà rencontrés deux fois en « vrai ». Les deux fois, nous avons parlé d’amour sans se douter que vous écririez un livre sur l’Amour quelques années plus tard. La première fois, vous m’avez guérie d’un chagrin grâce à votre livre « Mémoire Courte ». Je vous avais confié ma peine et vous m’aviez gratifiée d’un baiser sur le front pour me consoler. La seconde fois, je vous avais avoué toute la tendresse que j’avais pour les héros de vos livres qui vous ressemblent beaucoup, avec quelques travers, en plus ou en moins. Ils sont torturés, attachants, malheureux jusqu’à l’outrance mais également incapables de limiter leurs dérapages, souvent liés à des substances licites ou non.
NR-Je vous remercie pour ces compliments. Cela me touche beaucoup. Aujourd’hui, c’est moi qui aurais besoin d’un baiser sur le front.
NOTR-Je vous l’envoie avec grand plaisir. Lorsque vous êtes malheureux en amour, pensez à tous ces gens qui seront ravis de vous lire dans quelques semaines ou quelques mois quand vous aurez trouvé l’inspiration. Vous êtes comme un ami fidèle, que l’on suit au fur et à mesure de ses romans et des années qui passent. Vous êtes celui avec qui, attablé à la terrasse d’un café, on se plaît à faire le point de ses états d’âmes et de ses états d’amour. Merci à vous d’aider vos lecteurs à mieux comprendre ce sentiment si étrange, si mystérieux et si fascinant à la fois qu’est l’Amour. Vos lecteurs vous lisent tout en menant leur propre quête. Ils sont heureux ou souffrent avec vous. Mais surtout, ils apprennent à conjuguer le verbe AIMER à tous les temps et à tous les modes !

@Noé On The Road

 

    

 

 

  1 comment for “Interview de Nicolas Rey

  1. Igal
    14 novembre 2017 at 6 h 35 min

    L’amour…. est-il la seule aventure universelle qui se vivrait à deux ? finirait-il toujours mal ? Par lassitude des acteurs à jouer la même scène ? Faiblesse du texte… quand le sexe quitte le débat amoureux ?
    Il est « enfant de Bohème » plus précisément de Moravie, entre Eros et Thanatos…
    il est un jeu de hasard, il est un Je qui se cherche….
    C’est un rébus qui met tous les sens en interrogation.
    Où est la raison ? Elle s’est perdue dans les dédales du discours sur l’amour….
    Alors ? Courage… Vivons avec passion, cette aventure !

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